*Lettre ouverte au Président de la République*
*Monsieur le Président,*
Depuis un certain temps déjà, j’avais pris la décision de ne plus m’adresser à vous ni de m’exprimer publiquement à votre endroit, tant mes tentatives sont demeurées vaines. La première d’entre elles, que je rappelle avec amertume, concernait la prise en charge des patients dialysés. Elle n’a malheureusement produit aucun effet, à l’image de toutes celles qui ont suivi.
Aujourd’hui pourtant, les circonstances m’obligent à rompre ce silence, non pour formuler une doléance, mais pour vous dire merci.
Merci d’avoir contribué à préserver le Bénin du chaos lors des événements dramatiques du 7 décembre. On peut ne pas vous aimer, c’est mon cas, mais on se doit d’aimer la patrie. Nous qui vivons hors du Bénin mesurons la fierté, certes diversement appréciée, avec laquelle le nom de notre pays est aujourd’hui évoqué. Ce n’est ni le lieu ni le moment d’en débattre, mais bien de vous remercier pour avoir su, à cet instant critique, faire taire votre ego et appeler à l’aide afin de sauver notre nation.
Je salue respectueusement la mémoire des soldats tombés, celle de l’épouse du Général Bada, ainsi que celle des militaires morts en janvier 1972 lors de l’intrusion de Bob Denard. Je vous suis sincèrement reconnaissant pour tout ce qui a été entrepris afin que le chaos ne s’installe pas durablement au Bénin.
Que Dieu bénisse notre pays et vous accorde davantage de force et de discernement pour aller encore plus loin.
Cela dit, permettez-moi de vous adresser deux réflexions, que je sais pertinemment vouées à l’ignorance. Mais est-ce une raison suffisante pour ne pas les formuler ?
*Ôdé*
Depuis 1990, notre armée s’est engagée à demeurer en dehors de la sphère politique. Pourtant, les récents événements ont révélé un malaise profond. Des hommes ont été capables de tenir tête, durant toute une journée, à l’armée régulière. Quelle que soit l’issue, cette situation met en lumière un problème de fond.
À mon sens, il y a eu une défaillance collective, une responsabilité partagée, aussi bien du côté de l’institution militaire que du pouvoir politique. Parmi les revendications lues avec peine à la télévision figurait la question des patients dialysés, un combat que je mène seul depuis des années, sans être moi-même concerné par cette pathologie.
Qu’est-ce qui vous empêche d’écouter ? Qu’est-ce qui vous pousse à penser que vous êtes le seul détenteur du savoir ?
Certes, Machiavel écrit dans Le Prince que le chef, une fois élu, assume seul la responsabilité du bien commun. Mais vous arrive-t-il de vous demander si vous incarnez encore ce bien pour nous ?
*Ôwé*
Les événements que le Bénin vient de traverser appellent, selon moi, une réponse plus profonde et plus courageuse : l’organisation d’assises nationales.
Non pas des assises de façade, ni un simple exercice de communication, mais de véritables assises inclusives, où toutes les composantes de la Nation,forces politiques, armée, société civile, diaspora, autorités morales et religieuses, pourraient se parler avec franchise, sans peur et sans arrogance.
Le Bénin est tombé bien bas avec ce coup d’État avorté. En tant que père de la Nation, il vous revient non pas de bomber le torse, mais de tirer les leçons de cette épreuve. L’histoire nous enseigne que les nations qui refusent de s’écouter finissent toujours par se fracturer.
J’aurais voulu vous aimer. J’aurais même souhaité écrire un livre sur vous, à l’image d’Anita Marcos, cette écrivaine de renom avec laquelle j’ai eu la chance de partager les bancs de l’école. Mais en l’état actuel des choses, je ne le ferai pas.
Je veux bien vous aimer, quand bien même mon amour n’aurait aucun sens. Mais mon verbe, lui, a un poids. Et c’est à vous de me prouver que vous en êtes digne.
Je ne vous demande rien d’excessif. Simplement le minimum.
Courage à vous, à votre famille durement éprouvée, à l’ensemble de l’armée béninoise, et une fois encore, mes pensées vont au Général Bada.
Quant aux messages de soutien, oubliez-les. Beaucoup de ceux qui les expriment aspirent en réalité à votre chute, mais se sentent contraints de marcher ou de publier des messages de circonstance.
*Que Dieu vous bénisse.*
*Alexandre Atachi, journaliste et écrivain engagé.*
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