Ce que j’avais à dire, enfin
Depuis
quelques semaines, je me suis fait muet sur tout ce qui a trait à la politique
et aux politiques. À la veille de la délibération de la Cour constitutionnelle
sur l’affaire Sodjinou, j’avais écrit une chronique intitulée ‘’Ici, c’est
le Bénin’’, en réponse à la
chronique ‘’Ici, c’est le Sénégal’’, où, en 2023, la Cour
constitutionnelle sénégalaise a bloqué Macky dans son élan. Pour nous
ridiculiser, un quotidien sénégalais avait titré ainsi.
Tellement le Bénin, pays de référence en matière de démocratie, est tombé si
bas qu’il est devenu objet de moquerie. Mais je m’étais résolu à ne pas publier
cette réflexion, parce que les dés étaient pipés. Ce ne sera pas un amas de
mots qui fera basculer la Rupture et sa “Cour constitutionnelle”.
Mais
aujourd’hui, je reviens pour dire mes vérités et prendre une pause. Rien à voir
avec la pause de Yayi ou de Agbodjo. Mais une pause comme celle d’Adolf Hitler
pour écrire et laisser des traces. Il viendra un jour où l’on pourra agir et
refuser que, plus jamais, un homme, aussi fort soit-il, ne transforme ses
humeurs de folie en lois pour notre pays.
Je suis à la
fois choqué et très heureux de lire certains hommes politiques tenir
aujourd’hui des discours d’une éloquence notoire, tout en sachant qu’ils sont
dans le faux. Orden Alladatin est passé maître dans un art dont il ne connaît
même pas le nom, en défendant aujourd’hui l’absurde. Lui qui pense désormais
que l’expression de la démocratie empêcherait un président élu de dérouler son
projet de société. C’est heureux de savoir qu’il pense cela aujourd’hui, lui
qui, hier, était pourtant dans la rue pour contrer Yayi, le pauvre, grâce à la
télécommande de Paris, mais qui, aujourd’hui, refuse que quiconque les
contredise.
Prenez date
: s’il était possible, au Bénin, d’avoir les statistiques des audiences pour
les émissions, un jour, le président Talon ne serait suivi par personne, même
pas par ceux qui l’entourent aujourd’hui. Il est passé maître dans l’art des
contre-vérités. Lors de son dernier oral, il affirmait qu’il allait quitter les
affaires politiques et qu’il était preneur d’une loi qui le mettrait à la
retraite ainsi que Yayi, pour se reposer. Mais, dans le même temps, il fait
passer son machin de Sénat dans lequel, s’il quittait réellement le pouvoir et
ne prétextait pas une “nouvelle République” pour rester deux ans de plus, il
deviendrait probablement président de son Sénat.
En effet,
son ‘’Je ferai de mon mandat unique une exigence morale’’ est en train
de devenir ‘’Je ferai de mon mandat unique une présidence à vie.’’ Car de toute évidence après les 2ans, il
trouvera la parade pour rester au-delà.
Ce qui m’a
le plus fait pleurer est le spectacle des coupures à l’Assemblée nationale.
Peut-on être aussi pauvre que ça ? De l’enfantillage sans nom.
En vérité,
je vous le dis, il y a des gens plus riches que vous et moi, mais qui n’ont
aucune intégrité. Coupures, dites-vous ? Dommage que le Bénin soit tombé si
bas, après avoir pensé se trouver un sauveur en 2016. Heureusement pour moi et
pour ma conscience qu’au second tour, je n’ai pas voté pour lui.
J’en appelle
à la jeunesse afin qu’elle apprenne des leçons de tout ce qu’elle voit. Là où
la mouvance crie victoire et l’opposition crie fraude, la jeunesse doit apprendre
et se préparer à reprendre les choses en main.
Pendant ce
temps, laissons les jeunes comme Achille Free ou Free 229 continuer d’alerter,
comme ils le font si bien, au péril de leur vie, et travaillons à surprendre.
Pendant ce
temps, souhaitons beaucoup de courage au monstre qui croupit où vous savez.
Contrairement au président Azannaï, je ne dirai pas qu’il n’est pas un monstre,
mais il était un monstre brutal, alors qu’à côté de lui se trouvait un autre
monstre, très intelligent, qui est allé jusqu’à emprisonner un jeune qui avait
suscité sa candidature (une école). Deux monstres qui ont pour père un saint.
Yayi et “ses
Démocrates”, c’est la preuve que, même avec la meilleure équipe, dans n’importe
quelle compétition, sans stratégie, vous échouez à plate couture. Donnez-moi la
moitié de cette équipe et, sans faire de bruit comme Wasangari, je fais tomber
la Rupture avec des armes démocratiques, sans violence, sans armes, juste avec
la tête.
Et en face
d’un LD sans intelligence, on peut faire et dire tout ce qu’on veut.
Et à tort,
certains le traitent de l’homme le plus intelligent du Bénin. C’est normal car en
face de lui, il n’y a rien, sinon des ‘’Je ne veux pas aller à l’Assemblée
une seule fois’’.
Profitant de
mon oisiveté, je me suis amusé à suivre des interventions de “l’intelligent”,
et j’y ai dénombré des contradictions notoires que je me garde encore de
publier.
Il fut un
temps où j’entendais parler d’emprisonnement d’opposants à 20 ans et plus. Je
ne savais pas que cela arriverait au Bénin. Et voilà que nous y sommes.
À quoi bon tout cela ? C’est pour l’argent ? Ouf. Vous n’en aurez jamais autant
que Salomon ou, plus près de nous, Mobutu. Mais où sont-ils aujourd’hui ?
Pour vos idées
? Avez-vous besoin d’emprisonner pour vos idées ? Cette démocratie, désuète à
vos yeux aujourd’hui, est pourtant ce qui vous a permis de prendre le pouvoir.
Si cette démocratie n’existait pas, vous ne seriez jamais président.
J’accuse
Yayi d’avoir été si naïf, et d’avoir induit le peuple en erreur. À supposer que
le Bénin connaisse un développement sous votre mandat, ce ne sera pas le fruit
de votre génie, mais bien de la démocratie qui a permis l’alternance afin qu’un
autre vienne faire ses preuves.
Vous êtes
tombés trop bas. Et c’est ce qui m’amène à mûrir des réflexions sur le discours
politique africain. Les résultats seront connus durant le premier trimestre de
l’année 2026.
Aussi, la
même année, je ferai paraître un classique contre les dictateurs d’Afrique et
d’ailleurs. Ce sera une révélation. Restez à l’écoute, et pendant ce temps,
vive le Sénat.
Alexandre
Atachi, journaliste et écrivain engagé béninois, auteur du roman politique Les
Chaînes du pouvoir, paru aux éditions L’Harmattan.

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