Nul n’a le droit d’être heureux tout seul

Cette vérité de Raoul Follereau, je ne sais pas pourquoi, mais elle m’habite continuellement et refuse de me quitter. Chers amis, lecteurs de Factuel Info, aujourd’hui, laissons la politique, cette chimère, de côté pour parler de choses plus essentielles. Ce sera un peu long, mais je vous invite à prendre le temps de lire. Il y a quelques jours, j’ai été présenté à un sénateur d’un pays anglophone par le biais d’une connaissance. Notre rencontre, purement professionnelle, s’est déroulée dans sa ferme. Une fois sur place, j’ai constaté qu’autour de sa propriété, bien construite et équipée de matériels de dernière génération, s’élevaient plusieurs habitations modestes. Nos échanges se sont faits principalement via WhatsApp : je ne parle pas anglais et lui ne parle pas français. Nous avons donc eu recours à la traduction automatique pour nous comprendre et parvenir à un accord. C’est alors que j’ai mesuré combien Dah Djomanmousso avait une longueur d’avance sur moi dans tout et surtout sur l’anglais. Promoteur du Panthéon Lèwé Ahouandjo, Fondateur et Président de l’ORITRAB, Président du Haut Conseil en charge des valeurs spirituelles du MICIC, Ambassadeur culturel de l’Afrique auprès de l’ONG internationale CAPED, Président du comité d’organisation du projet PDG-R Porte du Grand Retour des Afrodescendants, il est un homme d’affaires accompli, promoteur immobilier et polyglotte (français, anglais, quelques notions d’arabe). Il manie les langues avec une aisance fascinante. Aujourd’hui, il est aussi écrivain à succès : sa première œuvre, La sorcellerie, vecteur de la science, fait déjà grand bruit. De manière scientifique et pédagogique, il y démystifie la sorcellerie. J’ai hâte de lire ce livre et de découvrir sa théorie germo-somatique. Bref, revenons à nos moutons. Au fil de la conversation, le sénateur s’est ouvert sur sa relation avec le milieu. Il m’a expliqué avoir découvert cet endroit alors qu’il était encore fonctionnaire, et en avoir profité pour acheter des terres il y a plus de vingt ans. Bien qu’il n’y réside pas à plein temps, il déplorait que, faute de latrines, les habitants viennent déféquer derrière sa construction. Je me suis alors permis de lui rappeler cette citation : « Nul n’a le droit d’être heureux tout seul. » Je lui ai expliqué que cette maxime n’appelle pas seulement à l’action humanitaire, mais qu’elle impose une exigence de solidarité. Car si, dans un milieu, vous êtes le seul riche, loin de croire que vous êtes indispensable ou respecté, en réalité votre vie est menacée. Dans son cas, il pensait vivre à l’abri, dans de bonnes conditions d’hygiène. Mais en vérité, si ses voisins étaient frappés par une épidémie liée à la défécation à l’air libre, il n’en serait pas épargné. Plutôt que de juger les habitants ou d’évoquer ce problème avec dédain, il gagnerait à construire des latrines pour la communauté. Ce serait à la fois un geste humanitaire et une protection pour lui-même. Très ému, il m’a promis de réagir dans les jours suivants. Je n’y croyais guère : connaissant les politiciens à grande gueule sous les tropiques, je pensais que ce n’était que du vent. Mais le dimanche 21 septembre après le culte, à ma grande surprise, j’ai reçu un message confirmant que les travaux avaient bel et bien commencé. Et, au-delà des latrines, il a même prévu d’autres infrastructures. Il m’a remercié de lui avoir ouvert les yeux et m’a assuré qu’à l’inauguration, il m’inviterait pour dire à tous que rien n’aurait été possible sans moi. Eh bien, c’est précisément pour cette raison que je n’irai pas, même s’il me donnait tout l’or du monde. La véritable récompense réside dans la satisfaction d’avoir contribué à quelque chose d’utile. Cela vaut plus que toutes les reconnaissances publiques. Ce texte, que je partagerai certainement avec son cabinet qui se chargera de le lui traduire, est une expression de ma gratitude pour cette promesse tenue. Thank you, boss. Comme ce sénateur, chacun devrait comprendre que le bonheur n’est réel et durable que lorsqu’il est partagé. Si vous êtes directeur d’entreprise, maire, ministre ou président, et que vous êtes le seul à jouir du bonheur alors que vos collaborateurs vivent dans la misère, sachez que vous devenez une proie. Car sans eux, vous n’êtes rien. Ils peuvent vous détruire aujourd’hui ou demain. Partagez le bonheur autour de vous, car vous le faites d’abord pour vous-même. Votre chauffeur, par exemple, doit aussi vivre un certain bonheur : c’est de là que naîtra le vôtre. J’en ai parlé d’ailleurs dans Les chaînes du pouvoir, un roman qui, vu sa densité, finira certainement par passer sur les écrans. Retenons-le, non pas seulement le temps de cette lecture, mais pour le restant de notre vie : nul n’a le droit d’être heureux tout seul. Alexandre Atachi, journaliste et écrivain engagé

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Dah Djomanmousso, le chercheur qui veut démystifier la sorcellerie

Dah Djomanmousso signe son entrée dans l’univers littéraire avec La sorcellerie, vecteur de la science (L’ouvrage est préfacé par le professeur Babou Niang)

Interdiction des publicités sur les produits de santé : l’ORITRAB applaudit la décision de la HAAC et dévoile ses grands chantiers