AHOSSI, ou l’art de garder son cœur à gauche et ses pas à droite

D’entrée, je voudrais faire remarquer que le rôle d’un analyste politique est complexe, en ce sens que, même s’il n’est jamais totalement neutre car appartenant à un camp, il se doit d’analyser les discours politiques des deux bords (mouvance et opposition) et de dire quand ça ne va pas, même si cela concerne son propre camp. Ainsi, que je sois de la mouvance ou de l’opposition, quand l’opposition faillit, je me dois de le dire haut et fort. Il en est de même pour la mouvance. Cette parenthèse est faite pour ceux qui aiment coller des étiquettes politiques. Ceci étant, c’est avec beaucoup de peine que j’ai suivi l’interview accordée à AHOSSI par une chaîne de télévision locale. Je rappelle qu’en communication politique, il n’est pas nécessaire de répondre à tout. Sur ce coup, il aurait pu simplement se taire, car en voulant répondre, il s’est exposé. D’ailleurs, garder le silence lui aurait donné plus de crédit : la lettre, comparable à un chiffon truffé d’incohérences, ne ressemblait nullement à une production d’un député ayant un assistant payé par l’État. Il y a donc lieu de s’interroger sur le niveau de son collaborateur. La cellule de communication du parti devrait connaître ses fondamentaux et valider les interventions en fonction. Si cette sortie a été bien coordonnée et acceptée par cette cellule, alors, il s’agit d’une erreur impardonnable qui se paye cash. Elle a donc intérêt à revoir sa copie. Ainsi, après avoir dégagé l’une des stratégies du candidat WADAGNI que j’ai intitulée dans une chronique « de père en père : la méthode silencieuse de WADAGNI », je voudrais livrer ici mes observations sur l’attitude de AHOSSI. Primo : le faux prétexte de la base Le député prétend que c’est sa base qui lui a demandé de rejoindre la mouvance. En réalité, cet argument est un classique de la transhumance politique. Un élu qui se respecte ne se défausse pas sur son électorat pour justifier ses choix personnels. La base attend des résultats concrets et une fidélité aux engagements pris, non une compromission. Ce discours révèle une volonté de se cacher derrière le peuple pour mieux servir ses propres intérêts. Secundo : l’émotion comme alibi politique Il met en avant ses liens privés avec le ministre Romuald WADAGNI : l’amitié entre leurs pères, la demande de “bénédiction”, le poids des souvenirs. Or, la politique ne se construit pas sur des sentiments filiaux ou amicaux, mais sur des convictions et des projets. Ici, l’émotion est instrumentalisée comme alibi pour masquer un renoncement idéologique. Tertio : l’aveu d’incohérence Le député parle lui-même de “naïveté politique”, tout en affirmant que “son cœur reste à l’opposition” alors que ses pas le mènent vers la mouvance. C’est une incohérence flagrante : un responsable politique n’a pas le luxe de séparer le cœur de l’action. Cet aveu montre que nous avons affaire à un élu dépourvu de boussole idéologique, prêt à naviguer au gré des opportunités. Alexandre ATACHI Écrivain engagé, auteur du roman politique Les chaînes du pouvoir, paru aux Éditions L’Harmattan

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