Le roi, le soja et la grande illusion

À ce qu’il paraît, notre royaume avait trouvé la recette magique du développement industriel : interdire l’exportation des produits agricoles pour mieux les transformer localement. Le soja, le cajou, tout devait désormais passer par l’antre sacrée : DJIGBE . Une décision que l’on nous a vendue comme visionnaire, révolutionnaire, patriote. Ce que l’on n’avait pas dit, ce que l’on avait soigneusement tu, c’est que la fameuse transformation locale n’était qu’un mirage. Que les produits, en réalité, ne restaient pas dans le royaume. Ils étaient réexportés, ailleurs, plus chers, par des circuits bien gardés, au bénéfice d’un roi-entrepreneur qui a su transformer l’État en entrepôt personnel. Mais cela ne surprend guère, dans un royaume où le mensonge est érigé en politique publique. Un royaume où l’on affame les producteurs pour remplir les greniers d’un seul homme. Où, sous prétexte de transformation locale, on traque les commerçants comme des criminels, on les jette en prison, on saisit leurs biens, et parfois, on les enterre. Et pendant ce temps, dans les campagnes, les agriculteurs bradent leur sueur à des prix qui défient toute dignité humaine. Certains se sont endettés à en perdre la raison. D’autres ont perdu leur vie. Littéralement. Morts dans l’indifférence générale, suicidés dans le silence, écrasés sous le poids de dettes qu’un État soi-disant protecteur leur a imposées. Avec le recul, il faudra avoir le courage, oui, le courage, d’admettre que le peuple, en 2016, s’est peut-être laissé éblouir et a confondu homme d’affaires et homme d’État. Il faudra aussi dire, sans détour, que Yabo s’est lourdement trompé. À force de croire qu’à problèmes de taille, il fallait un dauphin de taille, il en a oublié le professeur Ola, cet homme que le peuple acclamait jadis. Résultat ? Nous avons élu un roi qui transforme les larmes en dividendes et les ruines sociales en bilans comptables. Un roi pour qui “intérêt commun” n’était qu’un slogan utile pour faire passer les pillages pour des projets de développement. Mais à quel prix ? Des familles disloquées, des entrepreneurs écrasés par des dettes colossales, des jeunes contraints à l’exil économique, et des morts. Oui, des morts ! Étouffés dans le silence, dans l’indifférence, dans l’impunité. Et pourtant, il faut lui rappeler, doucement mais fermement, que même Salomon, avec toute sa sagesse et son or, n’a pu emporter ses coffres dans la tombe. Que Gilgamesh, lui aussi, avait essayé d’acheter l’immortalité. Peine perdue.

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