Faisons-le en deux temps trois mouvements Quand un homme se croit assez intelligent pour avoir toujours raison, il devient un danger pour les autres.
En 2016,
Sulpice Oscar GBAGUIDI, dans l'une de ses chroniques dont lui seul détient le
secret, affirmait, pour le paraphraser, que "si tu ne veux pas suivre TALON, il ne faut pas te rendre à ses
meetings." A travers cet extrait, il vantait les qualités de beau
parleur de l’homme. Mais au-delà de l’éloge, c’était une mise en garde :
attention à la force de conviction de cet homme, qui ne laisse place à aucune
contradiction.
Et c’est
heureux qu’au détour de ses échanges avec les jeunes, le Chef de l’État ait
lui-même reconnu qu’“on ne peut pas
être sachant tout le temps”. Pourtant, depuis dix ans qu’il est au
pouvoir, il est resté “sachant”. Il n’a jamais revu sa position, ni sur la
forme, ni sur le fond. À chacune des rencontres avec les acteurs sociaux, il
est celui qui sait, et les autres écoutent. Les grands hommes se reconnaissent
aussi à leur capacité de remise en cause. Mais cette grandeur-là semble avoir
déserté la posture présidentielle.
Pire, il a
développé une stratégie de “question-réponse piégée”. Ce jour-là, MITOKPE a
évité subtilement le piège, mais cela n’a pas empêché le Président de tirer la
conclusion qu’il voulait tirer. Il en fut de même lorsqu’il demanda à HOUNDETE,
lors d’une rencontre avec Les Démocrates, s’il voulait qu’il change la
composition d’une instance républicaine pour faire plaisir à l’opposition.
Or, quand un
homme se croit assez intelligent pour avoir toujours raison, il devient un
danger pour les autres. Car lorsqu’il détient la force, il finit par l’utiliser
pour leur imposer sa vérité. Et c’est ce à quoi nous assistons, aujourd’hui
encore, avec l’histoire des 20% et des 10% et des réformes majeures qui sont
imposées sans écoute réelle des préoccupations sociales.
Prenons
l’exemple de la fameuse “nounou” : en même temps qu’employée, elle constitue
elle-même le premier service rendu à l’enfant. Si cette nounou n’est pas bien
traitée, elle sera dans l’incapacité de rendre le meilleur service qui soit. De
la même manière, un salarié malmené, précarisé, exploité sous prétexte de
flexibilité, ne peut pas être productif, ni fidèle, ni moteur du développement
économique qu’on prétend viser.
Le
développement économique n’est pas une excuse pour piétiner la dignité sociale.
La démocratie n’est pas un luxe qu’on s’offre une fois riche. C’est justement
dans la pauvreté qu’il faut débattre des idées, car c’est à ce moment que les
choix idéologiques comptent : allons-nous vers un modèle d’inclusion et de
justice sociale, ou allons-nous continuer à renforcer un capitalisme d’intérêt
?
Il a dit
qu’il rêve que, dans quelques années, tous les Béninois travaillent ensemble et
que les années d’emprisonnements politiques soient derrière nous. Mais qui
d’autre que lui peut donner corps à ce rêve ? Si lui-même, à la fin de son
mandat, ne pose pas cet acte de réconciliation, qu’il n’attende pas qu’un autre
le fasse après. C’est à lui, aujourd’hui, de donner l’image, en faisant libérer
les prisonniers politiques, en permettant aux exilés de rentrer au pays et en
leur disant : “Nous sommes arrivés à un niveau plus ou moins acceptable. C’est
pour atteindre ce niveau qu’il a fallu tous ces sacrifices. Maintenant, resserrons
les rangs pour fermer la jarre trouée.”
Construire
le Bénin ne se fera pas par des monologues imposés. Cela se fera dans le
respect des contradictions, dans la richesse du débat, et dans l’humilité de
pouvoir ACCEPTER que, parfois, les autres ont raison.
Alexandre ATACHI
Écrivain engagé, auteur du roman
politique Les chaînes du pouvoir, paru aux Éditions L’Harmattan

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