Duel Agoua-Ayadji, pourquoi je désavoue Bertin Koovi
Ayant pris le temps d'analyser les interventions des uns et des autres dans ce duel qui dure depuis quelques jours, j'en suis arrivé à la conclusion suivante :
Primo : La logique trompeuse d’Edmond Agoua et de Bertin Koovi
L’argumentaire déployé par le député Edmond Agoua, repris et vulgarisé par Bertin Koovi, repose sur une lecture purement mécanique du Code électoral. Selon eux, les « petits partis » devraient s’effacer au profit des grands blocs, faute de perspectives réelles d’obtenir des élus.
Cette posture, pour séduisante qu’elle puisse paraître aux yeux de ceux qui veulent voir la politique réduite à une arithmétique, est en réalité une négation de l’essence même de la démocratie. Car la démocratie ne se résume pas à des pourcentages, elle repose avant tout sur des convictions, des idées et des projets de société.
Secundo : L’histoire politique récente contredit cette logique
Si nous devons suivre la logique de Bertin Koovi et d’Edmond Agoua, alors autant décréter un parti unique. Or, l’histoire récente nous démontre que la politique n’est jamais figée :
a- En France, Emmanuel Macron a pris le pouvoir avec un mouvement créé de toutes pièces (La République en Marche), balayant les grands partis traditionnels qui semblaient incontournables ;
b- Au Bénin, lors de la précédente législature, l’opposition n’avait aucun député. Pourtant, aux élections suivantes, Les Démocrates ont obtenu 28 sièges, prouvant qu’aucun pronostic arithmétique n’est immuable.
Ainsi, croire que seuls trois partis (BR, UPR, LD) auront de l’avenir politique relève davantage d’un projet de verrouillage du jeu démocratique que d’une vérité intangible.
Tertio : La conviction n’est pas négociable
La politique, c’est d’abord la conviction. Jacques Ayadji a fait le choix de rester fidèle à la vision de son parti, Moele-Bénin. Quoi de plus légitime ? On ne peut pas sommer un leader politique de fondre son parti dans un autre sous prétexte que la loi serait contraignante. C’est au peuple souverain de juger et de trancher.
Les militants ne sont pas des marchandises que l’on débauche ou que l’on déplace au gré d’une arithmétique politicienne. Ils sont des citoyens conscients, libres de faire le choix de soutenir un projet dans lequel ils se reconnaissent.
Quarto : Le droit à l’existence pour tous les partis
Il est donc impératif de rappeler que tous les partis légalement constitués, qu’il s’agisse de Moele-Bénin, FCBE, Restaurer l’Espoir, RN ou autres, ont le droit d’exister, de proposer leur vision et de chercher à convaincre le peuple. Restreindre ce droit à trois formations, c’est nier la diversité d’opinion et instaurer de fait un régime de pensée unique.
Quinto : Le vrai débat à avoir
Le débat ne devrait pas être de savoir si tel ou tel parti peut atteindre 10 % ou non, mais plutôt de travailler à élever la qualité du militantisme et des projets politiques proposés aux citoyens. Comme le souligne Jacques Ayadji, ce dont le Bénin a besoin, ce n’est pas d’une confiscation de la démocratie par une poignée de partis, mais d’un militantisme de qualité, basé sur les idées et non sur les calculs de survie.
In fine, prendre fait et cause pour Edmond Agoua contre Jacques Ayadji, comme l’a fait Bertin Koovi, revient à cautionner une logique réductrice et antidémocratique. Le Bénin n’est pas condamné à fonctionner avec trois partis. La vitalité démocratique exige la pluralité. Laissons donc le peuple décider de qui mérite sa confiance, au lieu de lui dicter d’avance quels choix sont « utiles » ou non car Le Bénin n’a pas besoin d’un parti unique, mais d’une démocratie vivante où chaque voix compte.
Alexandre ATACHI Écrivain engagé, auteur du roman politique Les chaînes du pouvoir, paru aux Éditions L’Harmattan

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