Développement au Bénin : Laurent Jimaja appelle à une approche centrée sur l’humain et la reconnaissance des réalités sociales

Alors que le développement est pour la plupart du temps réduit à des agrégats économiques et à la recherche de croissance, Laurent Jimaja propose une lecture différente : replacer les secteurs invisibles, les besoins sociaux et les réalités quotidiennes au cœur des politiques publiques. Dans un échange avec notre équipe, l’intellectuel béninois plaide pour une conception plus inclusive et pragmatique du développement. Généralement, le développement se mesure en points de croissance, en flux financiers et en investissements chiffrés. Mais derrière ces indicateurs brillants, l’épanouissement réel des populations reste, lui, incertain. C’est le constat posé par Laurent Jimaja, qui invite à revisiter les fondements de l’action publique en tenant compte des réalités concrètes du pays. L’agriculture et l’informel, piliers oubliés Premier constat : le secteur primaire, notamment l’agriculture, reste le plus grand pourvoyeur d’emplois, mais il n’assure pas des revenus dignes à ceux qui le portent. À côté, le secteur informel (vendeuses de marché, artisans, conducteurs de taxi-motos, pêcheurs, guérisseurs, masques traditionnels, échappe aux classifications officielles, tout en demeurant vital pour la société. Plutôt que de les marginaliser, Jimaja appelle à les recenser, les organiser et les intégrer dans l’économie moderne, non par la répression, mais par la reconnaissance et l’incitation. Car ces pratiques constituent une réponse ingénieuse aux contraintes de la modernité. Santé : un coût insoutenable pour les familles Sur le plan social, il évoque la fragilité du système de santé : familles obligées de vendre bétail ou terres pour financer des soins, absence d’infrastructures techniques fiables, fuite des professionnels de santé vers d’autres horizons. Autant de situations qui compromettent la protection des citoyens et accentuent les inégalités. Compétences et professions non encadrées Dans d’autres domaines, le constat est tout aussi préoccupant. Des réparations de fortune réalisées sans formation validée, des professionnels sans assurance pour couvrir leurs responsabilités : cette absence de culture de la qualité et de la sécurité expose la population à de multiples risques. Pour Jimaja, instaurer des normes, des formations et des assurances professionnelles est devenu indispensable. Routes : l’urgence de la sécurité et de la discipline Sur les routes béninoises, l’intellectuel s’alarme de véhicules défaillants mais validés au contrôle technique, de surcharges visibles tolérées, d’infractions routières commises par des conducteurs peu formés, et de poids lourds roulant dans des conditions précaires. Les sanctions, rares et ponctuelles, ne suffisent pas à enrayer cette culture de l’irresponsabilité. Pour lui, des contrôles rigoureux, une véritable pédagogie de la sécurité routière et des formations régulières des conducteurs sont des impératifs pour sauver des vies et renforcer la confiance des usagers. In fine, au-delà de ces constats, le message de Laurent Jimaja est clair : le développement ne peut se réduire aux statistiques macroéconomiques. Il doit se juger à l’aune de la dignité des citoyens, de la reconnaissance des réalités locales et de la capacité de l’État à accompagner les secteurs invisibles mais essentiels à la vie nationale.

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