DIVERTIR SANS DÉTRUIRE Quelle jeunesse sommes-nous en train de fabriquer ?
DIVERTIR SANS DÉTRUIRE
Quelle jeunesse sommes-nous en train de fabriquer ?
Une société ne se construit pas seulement dans ses écoles, ses familles ou ses institutions. Elle se construit aussi dans ce qu’elle regarde, écoute, applaudit et finit par considérer comme normal.
À l'heure où une chanson peut toucher des milliers de jeunes en quelques heures, où une vidéo peut devenir une référence avant même que son contenu soit interrogé et où l’influenceur peut parfois exercer plus de fascination qu’un enseignant ou une personnalité intellectuelle, une question s’impose : que fabriquons-nous dans les consciences à force de répéter certaines images, certains discours et certains comportements ?
Depuis quelque années, certains contenus culturels et numériques banalisent la sexualité exhibée, la vulgarité, la consommation de substances, la violence symbolique, la provocation ou encore certains comportements à risque.
Il serait simpliste de leur attribuer à eux seuls les dérives de notre société. Les comportements humains ont des causes multiples. Mais il serait tout aussi imprudent de prétendre que ce que nous montrons constamment à la jeunesse ne produit aucun effet.
L’être humain devient aussi, en partie, ce qu’il contemple.
Ce qui est répété devient familier. Ce qui devient familier peut finir par paraître normal. Et ce qui paraît normal cesse parfois d’être questionné.
Une liberté sans responsabilité peut-elle encore prétendre construire ?
Il ne s’agit pas d’interdire la création artistique. La liberté d’expression et de création est précieuse et doit être protégée.
Mais toute liberté porte une responsabilité.
L’artiste a une audience. L’influenceur aussi. Le média, la plateforme numérique et même le parent ont leur part dans ce qui entre quotidiennement dans l’univers de l’enfant.
Créer pour divertir est légitime. Faire danser est légitime. Chercher le succès est légitime. Mais l’audience autorise-t-elle tout ? La viralité transforme-t-elle automatiquement un contenu en modèle ?
Non. La viralité n’est pas une valeur morale.
Une génération ne reçoit pas seulement des connaissances. Elle reçoit des représentations du monde. Elle apprend ce qui mérite d’être admiré, ce qui donne du prestige, ce qui fait rire, ce qui attire l’attention et parfois ce qui permet de gagner de l’argent.
C’est pourquoi la responsabilité ne peut reposer uniquement sur les parents.
La famille a son rôle. L’école, les médias, les artistes, les plateformes, les pouvoirs publics et la société tout entière ont également le leur.
Prévenir avant de réparer
Une société intelligente ne se contente pas de punir les conséquences. Elle cherche aussi à comprendre ce qui les prépare.
Nous nous mobilisons souvent lorsque les dégâts sont visibles : après les violences, après les drames, après que certaines conduites ont déjà produit leurs conséquences.
Mais pourquoi attendre que le mal soit visible pour commencer à réfléchir ?
La prévention commence bien plus tôt : dans les représentations, les conversations familiales, les choix des médias, la responsabilité des créateurs et le discernement de la jeunesse.
J’ai choisi d’alerter avant de sensibiliser
C’est dans cet esprit que j’ai décidé, en ma qualité de journaliste et d’écrivain, de saisir certaines institutions de la République, notamment l’Institut National de la Femme, ainsi que d’autres institutions concernées par la jeunesse, la famille, la culture, les médias, le sport et l’action publique.
Il ne s’agit ni d’accuser une profession, ni de désigner des coupables, ni de réclamer une censure générale.
Il s’agit de poser une question de responsabilité publique :
Que pouvons-nous faire pour que notre jeunesse ne soit pas seulement exposée à ce qui attire son attention, mais aussi à ce qui élève son intelligence, son caractère et son ambition ?
Trois jours pour ouvrir une réflexion
À compter de ce 5 octobre 2026, je lance la campagne « Divertir sans détruire ».
Pendant trois jours, jusqu’au 7 octobre, je consacrerai plusieurs publications à la responsabilité des artistes, des influenceurs, des médias, des parents, des institutions et, plus largement, de tous ceux qui participent à la formation de l’imaginaire de notre jeunesse.
Je ne veux humilier personne ni faire le procès d’une génération.
Je veux poser des questions.
Car une société qui ne se pose plus de questions finit par accepter n’importe quelle réponse.
Nous devons demander aux artistes ce qu’ils transmettent, aux influenceurs ce que signifie réellement influencer, aux médias ce qu’ils choisissent de valoriser, aux parents ce qu’ils mettent sous les yeux de leurs enfants et aux institutions si elles interviennent suffisamment tôt.
Et surtout, nous devons demander à notre jeunesse : que veux-tu devenir ?
Divertir, oui. Mais pour construire quoi ?
Il ne faut pas opposer l’art à la morale, ni la jeunesse au divertissement.
Une chanson peut faire danser et faire réfléchir. Un artiste peut connaître le succès sans renoncer à toute exigence. Un influenceur peut être populaire sans faire de la provocation un modèle. Un média peut attirer l’audience sans abandonner sa responsabilité. Une institution peut prévenir sans censurer.
Car une société ne transmet pas seulement ce qu’elle enseigne volontairement.
Elle transmet aussi ce qu’elle banalise.
La question n’est donc pas seulement de savoir ce que notre jeunesse regarde.
Elle est de savoir ce que nous sommes en train de lui apprendre à regarder.
Quelle jeunesse voulons-nous voir demain, et quelle part de responsabilité sommes-nous prêts à assumer dans ce qu’elle deviendra ?
Divertir, oui. Créer, oui. Influencer, oui. Mais pourquoi ne pas aussi construire ?
Le débat commence aujourd’hui.
Alexandre Atachi

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