Et si l'élève imitait son maître jusqu'au bout ?
Il faut convenir qu'il est des héritages qui ne se limitent ni aux infrastructures, ni aux réformes économiques, ni aux grands chantiers. Il existe aussi des héritages de méthode, de gouvernance et de symboles.
Le président Romuald Wadagni est l'héritier politique de Patrice Talon. Cette filiation n'est un secret pour personne. Si l'élève entend poursuivre l'œuvre du maître, il gagnerait à reproduire également certaines lignes de conduite qui ont profondément marqué la gouvernance du régime précédent.
Le samedi 27 juin 2026, à Lokossa, Sa Majesté Togbé Yédy a organisé une grande journée nationale de recueillement et de prière pour le Chef de l'État et pour le Bénin. L'initiative se voulait spirituelle, patriotique et rassembleuse. Elle avait pour objectif de placer le septennat du président de la République sous la protection divine et d'implorer la paix ainsi que la stabilité du pays.
Sur le principe, personne ne peut s'opposer à la prière. Le Bénin est une terre de foi où chacun est libre d'invoquer Dieu selon ses convictions.
Mais la question est ailleurs.
Cette manifestation a rapidement été éclipsée par une polémique née de la présence et de l'utilisation de l'image officielle du Chef de l'État sur les supports de communication de l'événement. Le docteur Bertin Koovi s'y est opposé publiquement, estimant qu'il n'était pas convenable d'associer l'image du Président de la République à une telle initiative. Cette réaction a suscité un vif débat.
À bien y regarder, le fond de son argument mérite réflexion.
Durant les dix années de gouvernance de Patrice Talon, le pays s'est progressivement éloigné des grandes cérémonies de prières institutionnalisées en faveur du chef de l'État. Durant ses mandats, Patrice Talon avait lui-même dénoncé certaines pratiques héritées des précédents régimes, allant jusqu'à évoquer un « passé honteux », préférant placer l'action publique sous le signe du travail, des résultats et de la responsabilité plutôt que sous celui des démonstrations publiques de piété.
Cette rupture constituait un marqueur fort de sa gouvernance.
Il serait paradoxal que, quelques semaines seulement après son installation, le nouveau pouvoir renoue avec des pratiques que le régime précédent avait précisément contribué à faire disparaître.
La meilleure manière de respecter la foi consiste peut-être à laisser les croyants prier librement, sans donner à ces rassemblements une coloration institutionnelle ou présidentielle.
Car, au fond, si cette journée avait été organisée sans affiches portant l'image du Chef de l'État, sans donner l'impression d'un événement associé à la Présidence, la polémique n'aurait probablement jamais existé.
Le Bénin n'a pas besoin d'une compétition de prières publiques mais d'un État qui travaille, d'une administration efficace et d'institutions fortes.
Les croyants continueront de prier dans leurs églises, leurs mosquées, leurs couvents et leurs familles. Ils n'ont jamais cessé de le faire.
Le président Romuald Wadagni dispose aujourd'hui d'une occasion historique de poursuivre les réformes de son prédécesseur, mais aussi de préserver cette saine distance entre l'exercice du pouvoir politique et les manifestations religieuses organisées autour de sa personne.
En ce sens, l'élève gagnerait effectivement à imiter son maître jusqu'au bout.
Alexandre Atachi, écrivain engagé

Commentaires
Enregistrer un commentaire