Et si l’avenir de l’Afrique se jouait au Sahel ?



Embourbé dans les préparatifs de la sortie de mon prochain ouvrage (que j’annonce sans détour comme un futur bestseller), je n’avais pas trouvé le temps nécessaire pour m’exprimer sur ce qui se déroule actuellement au Mali.


Et pourtant, malgré ce manque de disponibilité, une question n’a cessé de me hanter :

et si l’avenir de l’Afrique se jouait, en ce moment même, dans le Sahel ?


Une question persistante, presque obsédante, revenue à la faveur des événements du 25 avril.


Alors j’ai décidé de prendre la parole pour dire, clairement, ce que j’en pense.


Ma réponse est sans équivoque : oui.


Pourquoi ?


Parce que l’histoire nous impose une évidence que beaucoup refusent encore de regarder en face. En 1960, les pays africains n’ont pas véritablement accédé à l’indépendance. Ils ont franchi une étape, certes, mais une étape inachevée, une forme de pré-indépendance.


La véritable souveraineté reste à conquérir. Et toute conquête suppose une rupture. Une nouvelle phase de lutte. Un nouveau champ de bataille. Aujourd’hui, le Sahel est ce champ de bataille.


Ce qui s’y joue dépasse largement les frontières de quelques États. C’est une dynamique historique. Une tentative de redéfinition du rapport de force. Une volonté, enfin assumée, de briser des chaînes héritées de l’histoire coloniale.


Si ces pays parviennent à s’imposer, s’ils réussissent à s’affranchir durablement des influences extérieures, alors une onde de choc traversera tout le continent. D’autres nations, aujourd’hui hésitantes ou dépendantes, pourraient être contraintes de se repositionner.


Mais au-dela, une autre question s’impose, plus fondamentale.

Que doit faire l’Africain face à ce moment historique ?

Doit-il rester spectateur ? Observer, commenter, s’indigner à distance ?

Ou doit-il s’impliquer, d’une manière ou d’une autre, dans ce qui pourrait redéfinir l’avenir du continent ?

La réponse, au fond, relève du bon sens. Elle s’inscrit dans l’essence même du panafricanisme.


Un peuple ne se libère pas par procuration.


Les Africains ne peuvent pas se contenter de commenter leur histoire pendant qu’elle s’écrit sans eux. Il y a quelques mois, j'ai adressé une correspondance officielle aux pays de l'Aes afin qu'ils réfléchissent à mettre en place un cadre légal de naturalisation des africains désireux d'acquérir leur nationalité et de défendre leur cause car si les dirigeants africains continuent de les rejeter, les africains, quant à eux, sont fiers d'eux et n'hésiteront pas à se nationaliser si un cadre du genre est mis en place. Il devient donc impératif de créer des cadres d’engagement, des espaces structurés permettant à celles et ceux qui le souhaitent de contribuer activement.


Dans cette perspective, l’idée d’une ouverture, même encadrée, aux Africains désireux de soutenir ces dynamiques mérite d’être posée. Elle traduirait une volonté d’unité concrète, au-delà des discours.


C'est une évidence qu'une partie de la jeunesse africaine ne veut plus subir. Elle veut agir. Elle veut prendre part à l’écriture de son destin.


L’histoire est en marche. La seule question est de savoir si l’Afrique la subira ou l’écrira.

Alexandre Atachi, écrivain béninois

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