Grand oral du chef de l’État : ce que j’en pense
C’est avec grand intérêt que j’ai suivi le grand oral du chef de l’État, Patrice Talon, ce mardi 4 novembre 2025.
J’avoue que, dès les premières minutes, j’ai eu envie de me lever (la raison,
vous la comprendrez plus bas), mais quelque chose de plus fort m’a convaincu de
rester jusqu’à la fin.
À l’issue, voici ce que j’en retiens.
Le décor était impeccable, avec un bureau sobre orné d’œuvres d’art, et en
arrière-plan un masque guèlèdè, symbole de puissance culturelle.
J’aurais aimé que le chef de l’État apparaisse en tenue traditionnelle pour
parachever ce mariage entre art, culture et identité.
Mais reconnaissons que le costume occidental, lui aussi, donnait une image
d’équilibre entre tradition et modernité.
Sur la forme, rien à dire : le cadre était soigné, le ton maîtrisé, la mise en
scène présidentielle bien pensée.
owè: une
sortie pour se justifier et désigner un bouc émissaire
L’objectif de cette sortie, à mon sens, était triple.
Il était question pour le chef de l’État de s’expliquer, de se victimiser et de
rendre Boni Yayi responsable de toutes les incohérences observées dans sa
gouvernance.
Ainsi, dès les premières minutes, le nom de Yayi a fusé. C’est d’ailleurs ce qui
m’a donné envie de me lever.
Entre la question posée et la réponse donnée, le décalage était visible.
Le Président Talon aurait pu être plus fin, plus diplomate.
Nommer Yayi si directement trahit une intention évidente : celle de désigner le
coupable idéal.
Mais les Béninois ne sont pas dupes, car ils savent distinguer la
responsabilité politique de la rhétorique défensive.
atɔ̀n:
la contradiction de la connaissance absolue
J’ai été heureux d’entendre le chef de l’État affirmer que nul ne peut
détenir seul la connaissance.
Belle phrase, en théorie. Mais dans les faits, c’est tout le contraire qu’il
pratique.
À aucune rencontre sociale ou politique, il n’a accepté la contradiction ou la
remise en cause de ses choix.
Cette posture du “je sais tout, donc j’ai raison” est précisément ce qui a
conduit à l’exclusion du principal parti d’opposition de la présidentielle de
2026.
Le code électoral, dénoncé par plusieurs voix, clergé, société civile,
intellectuels, est resté inchangé parce que le pouvoir n’a pas voulu écouter.
Par conséquent, nous avons un cadre électoral verrouillé, des partis muselés et
une démocratie qui se fige lentement sous le poids de la certitude d’un seul
homme.
Et c’est bien dommage pour notre pays.
Et pendant que j’écris ces lignes, j’apprends que, pour les communales, la
date de dépôt des dossiers est prolongée, alors que pour la présidentielle, qui
a lieu en avril 2026, aucune prolongation n’a été accordée malgré tout ce qu’on
sait.
On comprend donc que le Président Talon aurait pu faire quelque chose pour que
Les Démocrates aillent aux élections contrairement à ce qu’il a affirmé dans
son grand oral et qui faisait suite à la demande de Yayi.
εnὲ:
l’aveu troublant
Grande fut ma stupéfaction d’entendre le Président déclarer que le parti Les
Démocrates aurait pu signer un accord politique sans avoir à le respecter
ensuite.
Du jamais vu !
Une telle phrase, venant du garant de la Constitution, revient à légitimer le
mensonge politique et à vider de leur sens les engagements publics.
C’est une erreur morale et institutionnelle grave.
Comment peut-on prôner la loyauté nationale tout en suggérant que l’on peut
tricher pour contourner la loi ?
Ce “contrat sans contrainte” n’est rien d’autre qu’une farce politique.
D’ailleurs, le parti FCBE, directement concerné, ferait bien d’en tirer les
leçons, car demain, la mouvance ne composera pas avec lui.
atɔ́ɔ́n
: le paradoxe des reproches
Sur le passage où le chef de l’État dénonce “le web-activiste” qui ternit
l’image du Bénin à l’extérieur, je partage l’idée que le Bénin doit rester
au-dessus des querelles personnelles.
Mais que le Président Talon tienne ce discours étonne, puisqu’il fut lui-même
notre tendre “télécommande de Paris” et nul n’est besoin ici de rappeler “ses
exploits” d’antan.
Difficile, dans ces conditions, de faire la leçon aux autres.
À bien l’entendre, on a l’impression que lui peut tout faire, mais que personne
d’autre n’a le droit d’en faire autant.
Lui, opposant, avait le droit de détruire l’image du Bénin, mais personne
d’autre n’a ce droit aujourd’hui.
In fine
: une sortie mal inspirée
Au final, je crois que le Président Talon aurait pu nous épargner cette
sortie.
Non pas parce qu’il ne doit pas parler, mais parce que cette prise de parole
n’était pas opportune ni bien préparée.
On y a senti de l’improvisation, un excès de confiance et une absence de
coordination avec son cabinet.
Comme s’il s’était encore dit : “Je sais tout, je peux tout dire seul.”
Par conséquent, nous avons eu droit à un discours plein d’intentions, mais
pauvre en sincérité politique. Une allocution de trop, là où le silence
réfléchi aurait mieux servi la République.
C’est ce que je pense.
Alexandre
ATACHI, écrivain engagé

Commentaires
Enregistrer un commentaire