Les chaînes du pouvoir : Tel il est venu, tel il est parti

C’est avec une étrange ferveur que j’ai accueilli la nouvelle de la chute d’Andry Nirina Rajoelina, désormais ancien chef d’État malgache. Alors que le monde entier se focalise sur sa déchéance, je revois encore les images de son ascension, en 2009. Maire de la capitale, il avait renversé avec panache Marc Ravalomanana, un président que j’admirais profondément. Ce jour-là, j’avais ressenti un choc, une blessure presque personnelle. Aujourd’hui, il est en fuite. Quelle ironie du destin ! Comment un homme peut-il se montrer à ce point sourd à la voix du peuple ? Qu’est-ce qui empêchait Andry Rajoelina d’écouter ceux qui l’ont porté au sommet ? Le pouvoir est fascinant, mais ses chaînes sont terribles. Elles enivrent d’abord, puis elles étranglent. Hier adoré, Andry est devenu fugitif. Tel il est venu, tel il est parti. Dans dix ou vingt ans, celui qui vient de le remplacer, un homme en uniforme, connaîtra sans doute le même sort, s’il ne comprend pas que le pouvoir n’est pas un trône, mais une charge. Cette réalité, Clément Djihoué, président de la République de Foula, l’a bien comprise. Dans Les chaînes du pouvoir, après avoir pris les rênes du pays, il déclara devant les députés : « Dieu ne nous élève pas pour briser les autres, car même le pouvoir a une âme, et lorsqu’il sent qu’il est entre des mains qui n’en sont pas dignes, il s’arrange pour les quitter. » Ces mots, lourds de sens, résonnent bien au-delà de la fiction. Ils traduisent la vérité de tous les pouvoirs : le pouvoir a une âme. Il se donne à ceux qui savent servir et se retire de ceux qui s’enivrent d’eux-mêmes. L’histoire d’Andry Rajoelina, renvoie à cette même logique : l’âme du pouvoir ne demeure jamais dans les mains indignes. Combien sont-ils, ces chefs d’État sous les tropiques, à avoir été acclamés à leur arrivée, qu’ils viennent par les urnes ou par les armes ? Combien sont repartis, humiliés, après avoir confondu gouverner et se servir ? Le pouvoir est une épreuve. Il révèle moins ce que l’homme devient que ce qu’il a toujours été. Celui qui s’y attache finit toujours prisonnier de ses propres chaînes. Une fois encore, je me dis que mon roman « Les chaînes du pouvoir » devrait être lu par tous ceux qui rêvent du pouvoir. Peut-être y comprendraient-ils que gouverner, ce n’est pas régner, et qu’un trône, mal porté, devient un fardeau. Dommage.

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